Rencontre avec Marie-Hélène Lafon au Musée des Beaux Arts

Le 09/06/2024 à 16:00

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En partenariat avec le Musée des Beaux Arts de Draguignan, EntreLivres vous propose une rencontre littéraire avec Marie-Hélène Lafon, autour de son essai Cézanne : des toits rouges sur la mer bleue

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Il y a Paul et il y a monsieur Cézanne.
Il y a le père et la femme, le jardinier Vallier, le docteur Gachet et les écrivains Flaubert et Zola.
Tout un monde. Il y a les toits rouges sur la mer bleue, les mains, le sucrier, le chapeau, l’argent et les secrets.
Il y a les silences, épais.
Marie-Hélène Lafon est allée vers Cézanne comme on « va au paysage ».
À corps perdu.
Cet essai en est la trace éblouie.

 

“Cézanne” : un portrait lumineux du peintre, très loin d’une biographie académique

Marie-Hélène Lafon, Renaudot 2020, se met dans la peau de l’artiste, parcourt ses paysages de Provence, et fait surgir une lumière rare.

La peinture est dans la sensation, la ressemblance n’est rien », affirmait en substance Paul Cézanne (1839-1906). L’écrivaine Marie-Hélène Lafon l’a pris au mot pour composer un ouvrage à l’écriture intense, d’une originalité et d’une liberté folles. Car son Cézanne alterne des chapitres dans lesquels elle s’approprie l’homme, l’artiste, son œuvre ou ses terres, avec d’autres qui racontent les relations de ce dernier avec ses proches – le fameux docteur Gachet d’Auvers-sur-Oise, chez qui Van Gogh trouva refuge avant de mettre fin à ses jours, mais aussi sa mère, son père, son épouse ou son jardinier. Une biographie ? Un essai ? Plutôt un puzzle dont les pièces s’agencent avec fluidité pour dessiner un portrait magnétique du peintre de la Sainte-Victoire.

À de rares exceptions près, l’écriture de Marie-Hélène Lafon a toujours été ancrée dans sa terre-mère : ces paysages âpres du Cantal où elle est née en 1962 et dont elle est partie à l’âge de 18 ans pour étudier les lettres classiques à la Sorbonne. C’est aujourd’hui le pays d’Aix-en-Provence qu’elle embrasse, si rude avec le peintre, si doux au regard. Elle se faufile dans son dernier atelier, y voit des choses invisibles à l’œil nu qu’elle rapporte de cette écriture à l’os, parfois sèche, liée à la terre et aux éléments.

Et soudain y surgissent la couleur, la lumière et les émotions qu’elles provoquent. Comme si elle trempait sa plume dans l’œuvre de Cézanne. S’agissant de la mère de l’artiste, l’autrice dit : « Il lui racontait à elle, quand ils se retrouvaient un peu seuls et tranquilles, comment étaient ses tableaux préférés ; il donnait des détails, il s’emballait comme un enfant, il était si heureux qu’elle croyait voir les tableaux en vrai, et peut-être même mieux qu’en vrai. » Marie-Hélène Lafon ne fait pas autre chose avec ce livre qui ne se veut surtout pas un ouvrage de spécialiste en histoire de l’art. Et tant mieux ! Car la moindre aquarelle, la moindre toile sur laquelle elle pose son regard, prend vie, explose de sensations. Qui nous contaminent. (Source : Télérama, 23 octobre 2023 TTT)