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L'édition 2026 du festival EntreLivres se prépare : du 24 au 26 avril, des conversations littéraires, une journée jeunesse, une rencontre avec Charles Berling et un spectacle au Théâtre de l'Esplanade. Beau programme en perspective !!!!
Vendredi 24 et samedi 25 avril à partir de 11 heures LES RENCONTRES AUTEURS dans l'Auditorium du Musée des Beaux-Arts, animées par Philippe Fusaro, et l'équipe d'EntreLivres
VENDREDI 24 AVRIL
Marie DELABOS à 11 heures pour son premier roman, La falaise (Editions Perles rares, 2025)

Marie Delabos est née en 1971 en Normandie. Après un DEUG d’arts plastiques à l’université de Picardie, elle entre aux Arts Déco de Paris en 1990 et en sort diplômée en 1995. Elle pratique la photo, le cinéma expérimental et la peinture sur de multiples supports ( toiles, bois, textiles...) Son travail est nourri d’expériences toujours renouvelées à partir des matières et des couleurs.
Elle s’installe à Flayosc en 2011 et commence à exposer dans la région, mais aussi à New York, Paris ou Beaune.
La falaise est son premier roman. Un court roman, à l'écriture concise et mîtrisée, au plus proche des sensations, sur le deuil, la maternité et l'amour, dans lequel la narratrice entremêle des récits de rêves, des souvenirs, et l'évocation des figures symboliques du Tarot de Marseille
Le compte à rebours s'égraine au rythme de ses pas, les images défilent en désordre dans sa tête, où résonne le rire de Simon. Elle nous entraîne dans son sillage à la poursuite du cerf-volant rouge, et les souvenirs s'envolent au vent du large qui l'emporte jusqu'au bord de la falaise.
EXTRAIT
"De là où je suis, je ne peux pas encore voir la mer, mais je la sens, je sais qu’elle est là. Je connais par coeur ce paysage, ces rochers, la crête abrupte de craie, les herbes folles. Je vois Simon qui joue avec son cerf-volant, toujours trop près du bord; parce que c’est plus drôle, parce que ça fait un peu peur et que lorsque le vent est fort, on a l’impression que l’on pourrait s’envoler d’un coup…"
Agnès JESUPRET à 14 heures, pour son premier roman, Les os noirs (Editions Liana Lévi 2024)

Au crépuscule de sa vie, Clara Ignorante raconte avec nostalgie l’histoire de ses grands-parents siciliens arrivés en Tunisie pour fuir la misère. Sur cette terre que tous se sont appropriée – colons français, migrants italiens, occupants allemands – sa famille connaîtra la prospérité puis la déchéance. Et de cette terre seront exhumés les os de son père devenus noirs, preuve d’un empoisonnement. Vengeance, trahison ou malédiction? La narratrice qui écoute Clara tente de démêler les fils de sa mémoire, quitte à en exhumer aussi les secrets.
Agnès Jésupret vit à Marseille. Depuis plusieurs années elle met sa plume au service des souvenirs des autres et se définit elle-même comme une «biographe anonyme pour des gens qui le sont tout autant». Les Os noirs est son premier roman, envoûtant et documenté, dans lequel elle recolle les morceaux d’un destin fracturé par les aléas de l’Histoire.
"J’ai une attirance pour les gens anodins qui pensent que leur vie n’a rien d’extraordinaire. Je trouve que chaque vie en soi est extraordinaire et que les destins le sont bien plus encore. Et puis j’ai une affection particulière pour les souvenirs et tout ce qu’ils portent en eux de fantasme, de mensonge, de création intime et d’espoir. Ils sont au cœur de mes réflexions et de ma recherche littéraire. J’aime aussi quand la toute petite histoire s’entremêle avec la grande. C’est le cas dans Les Os noirs." Agnès Jésupret
Pour visionner un entretien donné à la librairie Mollat, dans lequel Agnès jésupret présente son roman, cliquez ICI
Claude SERILLON à 15h30 pour son dernier roman Le dossier Roch Derouich (Editions Cent mille milliards, 2025)

Claude Sérillon est journaliste. De la presse écrite d’abord, de la télévision ensuite, puis à nouveau de l’écrit. L’écriture de plusieurs romans, essais, dictionnaires, nouvelles, pièces de théâtre et poèmes est un autre versant de son activité, juste complément de son rôle d’observateur de l’actualité, mais aussi de l’imaginaire, de la fiction…
Et de sa curiosité personnelle.

Qui est Roch Derouich? Ou plutôt qu'a-t-il dans la tête quand il brandit une grenade, au beau milieu d'une gare bondée de voyageurs à 10 heures du matin? A vingt ans tout juste, est-il un terroriste, ou le jouet d'un obscur mentor qui le manipule à loisir?
4ème de couverture :
« Domingo se demanda si Roch, un jour, dans sa vie, ressentirait la chaleur fraternelle. Il pouvait en faire un auxiliaire, un agent, au mieux. Le reste, il n’y aurait pas accès. Chaque homme est ce qu’il devient… Vieille, très vieille maxime qui lui avait toujours semblé trop fataliste, presque la défaite de l’espèce.
Roch fut raccompagné à La Havane dans un véhicule militaire. Un camion bâché qui secouait ses passagers obligés de se tenir ferme aux montants des bancs disposés à l’arrière. Une demi-douzaine de soldats étaient du voyage.
Roch n’échangea pas un mot avec eux. Il n’avait qu’une envie : dormir. Ces semaines en Sierra l’avaient épuisé. Il avait une mission, de l’argent, un lieu qui l’attendait face à l’université dans le Vedado. Il se demanda si Elena et Xavier étaient toujours ensemble. Il sortit de sa poche la note concernant l’ambassadeur Edmond Dampierre. Trouver des informations sur les agresseurs. Un deuxième nom figurait sur une autre feuille : Alfredo. Ce soir, il irait au Malecón. »
Michèle LESBRE à 17 heures pour son roman Naufrage(s) (Sabine Wespieser éditeur, 2025)
Michèle Lesbre est née en 1939. Après avoir étudié à Clermont-Ferrand, elle a commencé́ à enseigner en Auvergne, tout en militant à l’extrême gauche et en jouant dans des troupes de théâtre amateur. D’abord institutrice, puis directrice d’école maternelle, elle vit à Paris. Auteure d’une vingtaine de livres, elle publie depuis 1991. Elle a rejoint dès sa création le catalogue de Sabine Wespieser éditeur, avec Boléro (2003), puis, notamment, Un certain Felloni (2004), Le Canapé rouge (finaliste du prix Goncourt 2007), Un lac immense et blanc (2011), Écoute la pluie (2013), Rendez-vous à Parme (2019) et Tableau noir (2020), La Furieuse (2023) ou, tout récemment, Naufrage(s) (2025).
L’émotion qui l’étreint dès son arrivée sur l’île de Sein, « petite terre têtue », plonge Michèle Lesbre dans une forme d’état de grâce. Dans la prose libre, voyageuse et rêveuse devenue sa manière, elle s’abandonne au vent incessant, le vent qui disperse « les miasmes de ce monde boiteux et tout ce qu’il entraîne dans sa fuite en avant. » Flanquée d’un petit chien noir et blanc court sur pattes rencontré au bar du village, elle reste « des heures à contempler cet immense ailleurs barré par l’horizon. »
Fascinée par la carte des naufrages dans le musée local, elle se laisse peu à peu envahir par l’écho de ses propres tempêtes, intimes ou politiques. Si le naufrage des utopies a succédé aux belles espérances qui les ont portées, si le monde part à vau-l’eau, la puissance du paysage l’emporte, conduisant la promeneuse à un heureux vagabondage dans sa mémoire.
L’autrice nous offre une balade d’une grande douceur, tant le sentiment d’apaisement que lui a donné son séjour sur l’île irradie son écriture. De retour à Paris, elle décidera de ne jamais revenir dans ce lieu qui, d’une certaine manière, a bouleversé sa vie, préférant le revisiter en rêve et ouvrir la possibilité d’autres voyages immobiles.
"Michèle Lesbre, qui tient depuis un demi-siècle le journal de son âme, publie des romans inoubliables comme La petite trotteuse ou Le canapé rouge. L'heure est venue où le sentiment du temps qui reste est une centrifugeuse. Alors, parfois, elle quitte Paris et les quais de Seine qu'elle arpente chaque jour, un livre à la main, pour aller prendre un train pour Quimper et, à l'arrivée, le car 53 de la compagnie BreizhGo (conduit par un sosie de ZZTop branché sur Fip) qui l'emmène à Audierne. Là est l'embarcadère pour Sein, la "petite terre têtue" où la vie devient fête, loin du "monde boiteux". La dernière fois, le chien noir d'un bistrotier s'est pris d'affection pour Michèle lesbre, et vice-versa. Il lui rappelait le chien jaune de Simenon, à Concarneau, l'autre pays de son coeur. Ensemble, ils ont marché le long de la mer, et elle en a rapporté ce récit, qui est comme un poème en prose composé avec un soin de dentellière. Le vent de Sein adoucit les choses. L'esprit en devient blanc comme le linge des fées." Anne Grignon, Le Nouvel Obs, 26 novembre 2025
SAMEDI 25 AVRIL
Lydie SALVAYRE à 11 heures, pour son dernier livre, Autoportrait à l'encre noire (éditions Robert Laffont, 2025)

Lydie Salvayre est née de parents espagnols, réfugiés politiques, qui arrivent en France en février 1939. Très vite, elle est saisie par le vice de la lecture. Elle apprend le bien-dire des livres, mais garde le goût du mal-dire qu’elle pratique joyeusement à la maison et dans la rue. Elle remporte à seize ans le premier prix d’un concours de twist qu’elle considère comme son premier prix littéraire. Plus tard, elle fait des études de Lettres. Puis se tourne vers la médecine et la psychiatrie.
En même temps qu’elle exerce son métier de pédopsychiatre, elle se livre à l’écriture de romans. Elle dit de son écriture qu’elle est « une nage entre deux rives » : la rive baroque espagnole et la rive française classique. Elle a écrit une quinzaine de romans traduits dans une vingtaine de langues. Elle a obtenu le Prix Hermès du Premier Roman pour La Déclaration, le Prix Novembre (aujourd’hui Prix Décembre) pour La Compagnie des Spectres le Prix François Billetdoux pour BW et le Prix Goncourt pour Pas Pleurer
Son dernier livre, Autoportrait à l'encre noire, est un autoportrait clairvoyant, où la littérature paraît comme le seul pays qui compte. Sensibilité, générosité, drôlerie nourrissent le baromètre intérieur d'une de nos plus grandes romancières contemporaines.
J'écris parce que je ne sais pas parler. De cela, je suis sûre. Ou peut-être que Lydie Salvayre ne peut pas parler. Dans cet autoportrait qui joue avec le genre, elle interroge son goût de la solitude et les racines de son allergie aux codes sociaux. Sensibilité, générosité, drôlerie nourrissent le baromètre intérieur d'une de nos plus grandes romancières. Et derrière son humour canaille, elle dessine les paysages du seul pays qui compte à ses yeux, celui de la littérature.
Dans les dernières lignes d’Autoportrait à l’encre noire, Lydie Salvayre formule le vœu que les lecteurs se souviennent d’elle comme d’un « vent fripon ». Un clin d’œil à Georges Brassens et à sa chanson Le Vent (1953), mais, surtout, une ultime preuve que ce qui importe, ici, est affaire de souffle et de mouvement.
Avec ce livre qui fait mine d’adopter le canevas de la « romance », ce genre littéraire dont est férue sa voisine et amie Albane, pour revenir sur la vie de l’autrice, née en 1946 de parents immigrés espagnols, il ne s’agit pas pour Lydie Salvayre de figer ou fixer quoi que ce soit. Elle ne lance des affirmations que pour les remettre en question en se cherchant querelle à elle-même. Elle jalonne le texte de chicanes avec Albane où elle échappe à la tentation d’incarner le bon goût littéraire ; s’essaie, avec une pointe d’amusement, à l’écriture inclusive, puis la délaisse et y revient, sans s’en expliquer ; livre des bribes de son existence tout en pointant les pièges de l’autobiographie…
Dans ce bouillonnement où fusent les références parfois contradictoires, où la phrase se pare de termes recherchés avant de multiplier les grossièretés gourmandes, l’imprévu peut surgir. Ainsi quand l’écrivaine, à plus de 75 ans, est amenée à revoir ce qui lui semblait le plus établi : le statut de « méchant » de son père, dont elle comprend soudain que la colère et la dureté avaient à voir avec sa condition d’exilé.
Raphaelle Leiris, le Monde des livres, 12 octobre 2025
Sabine WESPIESER, éditrice, à 14 heures
Après plus de douze ans passés à Actes Sud, Sabine Wespieser fonde sa maison d'édition en 2001, une "VTPE", "volontairement très petite entreprise, qui a l'ambition de jouer dans la cour des grandes". Dix livres par an. Un engagement personnel, au contact des auteurs et des lecteurs.: "Je tiens à lire tous les textes, les choisir, accompagner les auteurs, parler aux libraires, rester disponible pour les lecteurs." Sabine Wespieser s'attache à publier une vaste palette d'auteurs venus d'horizons variés : "Je m'attache à publier de la littérature d'horizons très divers, et notamment des textes écrits en français hors de l'hexagone. Avec les livres, il s'agit d'ouvrir des fenêtres".
Extrait d'un entretien publié par le journal Les Echos, le 22 avril 2022 :
L’engagement social par le livre compte pour vous ?
Et comment ! Le livre c’est politique. C’est politique au sens du rôle de l’homme ou de la femme dans la cité, ce sont des affirmations très fortes. Louis-Philippe Dalembert, l’auteur de « Milwaukee Blues », qui parle de racisme sur fond de Black Lives Matter, vient de remporter le prix du choix Goncourt espagnol et belge. Cela donne enfin l’occasion d’un rayonnement au-delà des frontières à ces questions.
Qu’est-ce qui vous meut dans la littérature, en plus du travail de la langue ?
Au cœur de la littérature, il y a le texte. Il y a la forme. J’aime que cette forme produise du sens. Je ne publierai jamais juste une belle histoire parce que l’histoire est bien racontée. J’ai commencé ma vie en enseignant les lettres classiques, donc la forme m’importe beaucoup. Il y a aussi une manière de mettre en scène l’objet livre. Cela a été une vraie réflexion au moment de la création de la maison et c’est très exaltant, amusant et intéressant de penser complètement un objet singulier.
Pourquoi êtes-vous si attachée aux auteurs de langues étrangères ?
Quelqu’un m’a dit un jour que ça devait être lié au fait que je suis née sur une frontière. Je suis Alsacienne d’origine, donc la proximité d’une autre culture est ancrée en moi. En tant que lectrice, avant même d’être éditrice, c’est toujours la littérature qui m’a appris à voir le monde. Beaucoup plus que les sciences sociales.
Et votre amour pour les livres francophones hors de France ?
Je suis très attachée à ces territoires où la langue française se parle, s’écrit mais est aussi nourrie par un double imaginaire. C’était le cas dans mon enfance avec l’alsacien, c’est le cas pour le créole haïtien qui est la langue quotidienne de Yannick Lahens qui écrit en français ou pour Dima Abdallah qui a grandi au Liban avec la mélopée de la langue arabe autour d’elle. Cela donne des auteurs qui pensent le monde autrement et qui écrivent la langue française autrement. On trouve beaucoup plus de voix singulières dans ce terreau « francophone » que dans le biotope des cafés de Flore, Magots, Lipp.
Vous n’avez pas de collection. C’est un choix ?
On n’allait pas subdiviser quelque chose qui était déjà quand même assez petit. Avec 10 livres par an, on n’allait pas s’en sortir. Pour moi, un texte traduit en français est un texte écrit en français parce qu’un traducteur est un écrivain. Tout est mis sur le même plan.
Comment voyez-vous le futur de la maison ? 20 ans de plus ?
Une chose dont je suis sûre c’est que je n’ai pas du tout envie de vendre la maison à un groupe, je n’ai pas du tout envie de me retrouver avec mon contrôleur de gestion qui va m’expliquer que si cette année est mauvaise, il faudrait publier plus l’année prochaine et puis peut-être faire une collection de manga parce que c’est plus rentable, non merci ! Après, les hommes et les femmes sont mortels. Les maisons d’édition sont mortelles… Tout ce que l’on peut me souhaiter, c’est juste de continuer.
Léa Colombo
LE CATALOGUE : parutions récentes



A paraître



Yassaman MONTAZAMI à 15h30 pour son dernier roman, Dans une autre vie (Sabine Wespieser éditeur, 2025)

Yassaman Montazami, qui vit en France depuis 1974, est née à Téhéran en 1971. Docteur en psychologie, elle a travaillé de nombreuses années auprès de réfugiés politiques et a enseigné à l’université Paris VII. Elle exerce actuellement en milieu libéral.
En 2012, elle publie, chez Sabine Wespieser éditeur, son premier roman, Le Meilleur des jours, qui est distingué par de nombreux prix (prix des librairies Folies d’encre 2012, prix André Dubreuil – SGDL du premier roman 2012, coup de cœur du jury des Grandes Écoles 2013 et prix du lycée Ronsard de Vendôme 2013). Son deuxième livre, Dans une autre vie, a paru en 2025, treize années après Le Meilleur des jours.

À Paris, où elle est arrivée juste après son mariage, comme à Téhéran, où elle a grandi, la vie a toujours été un songe pour l’attachante héroïne de ce roman. Bien avant la révolution islamique, quand avec ses amies elle arpentait en minijupe, les cheveux crêpés, les beaux quartiers de Téhéran, elle s’était choisi le surnom de Roya, « rêve » en persan.
Rien d’étonnant à ce que ses enfants ne s’inquiètent pas des premiers symptômes de la maladie neurodégénérative qui l’emportera. Il faut dire que Roya a vécu l’entièreté de son existence dans l’ombre de quelqu’un.
Née par accident quelques mois après sa sœur, elle a passé son enfance à se faire discrète, entre la solaire Shimi, leur frère aîné adoré et leur mère qui, très tôt, s’est consacrée à l’étude du Coran, sans pour autant empêcher ses filles de vivre leur existence émancipée. Roya a quitté les siens pour aller s’installer en France, après avoir, de guerre lasse, cédé à la cour assidue d’un étudiant séducteur et fantasque, fasciné par son mystère. À Paris, l’agitation de Mai 68, de même que les échos des manifestations iraniennes, auxquelles son marxiste de mari prend une part active, parviennent comme assourdis à la rêveuse jeune femme.
Si Yassaman Montazami, dans ce portrait tendre et cocasse, laisse entendre qu’il n’était pas tous les jours facile d’être la fille d’une mère qui se raidissait à la moindre étreinte, elle lui rend, quelques années après sa mort, un hommage d’une grande délicatesse, où la complexité des sentiments le dispute à un humour de tous les instants.
Akira MIZUBAYASHI à 17 heures, pour son dernier roman, La forêt de flammes et d'ombres (Editions Gallimard, 2025)
Akira Mizubayashi est un écrivain japonais d'expression japonaise et française. Il est également traducteur.
Après des études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo, il part pour la France en 1973 et va suivre à l’Université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français langue étrangère. À son retour à Tokyo en 1976, il entreprend une maîtrise de lettres modernes, puis un doctorat en France. De 1983 à 2017, il a enseigné le français à Tokyo, à l’université.
Ses six premiers livres ont été rédigés en japonais. Et c’est à partir de 2011 qu’il décide de passer à l’écriture en français, langue initialement abordée à l’âge de 17 ans. Il préfère toutefois écrire ses romans à Tokyo, où il peut mieux se concentrer. Akira Mizubayashi déclare « habiter la langue française », pour laquelle il avoue avoir une grande proximité. Il oeuvre à entretenir un pont entre ces deux cultures, et surtout considère la langue française comme son instrument d’expression.
Âme brisée (2019, Prix des libraires 2020), Reine de cœur (2022) et Suite inoubliable (2023) forment une trilogie romanesque autour des thèmes de la guerre et de la musique. En 2025 est publié La Forêt de flammes et d'ombres.
Il a obtenu le Grand prix de la francophonie 2025.
Tokyo, décembre 1944. Embauché dans un centre de tri postal, Ren Mizuki y rencontre deux autres étudiants qui partagent sa passion pour la culture et l’art européens : Yuki, qui deviendra sa compagne, peintre elle aussi, et Bin, un violoniste promis à une carrière internationale, qui restera à jamais son frère d’élection. En 1945, Ren est appelé en Mandchourie dans l’enfer des combats. Défiguré, mutilé, il en rentre persuadé qu’il ne pourra plus jamais tenir un pinceau. L’amour de Yuki sera-t-il capable de renverser un destin ?
À travers une histoire particulièrement émouvante, Akira Mizubayashi continue d’explorer ses thèmes familiers : le désastre des nationalismes fauteurs de guerre, l’art, recours essentiel contre la folie des hommes.
"Comme le thé qui infuse lentement, l’écriture d’Akira Mizubayashi prolonge les multiples saveurs des sentiments et lie les destins les uns aux autres. Et, comme dans les tableaux de maîtres où les chiens, discrets, regardent le spectateur, Hanna, la petite chienne de la famille, traverse les décennies, fidèle compagne des parents comme des enfants. Ode à l’amour, à la poésie, à la musique et à l’art, ce superbe roman est envoûtant. Comme l’est la nouvelle édition d’Âme brisée, un des livres précédents de l’auteur, dans une version grand format illustrée par des œuvres de Matisse, Klee ou Kandinski." Gilles Heuré, Télérama, 28 novembre 2025
Samedi 25 avril, JOURNEE JEUNESSE au musée des Arts et Traditions Populaires,
de 10h à 12h30 et de 14h à 17h30
EntreLivres et le Service Art et Histoire de DPVA ont organisé la Journée Jeunesse avec la participation d’acteurs éducatifs et sociaux et d’associations locales : éducateurs de l’APS ( Association de Prévention Spécialisée, rattachée à l’Aide Sociale à l’Enfance), le Secours populaire, Cannes Cinéma (éducation aux images), Soroptimist. La librairie Le Chat-Mots de Lorgues sera présente et proposera un grand choix de livres Jeunesse, dont ceux de Florence Hinckel.
Les enfants et les familles pourront participer aux activités proposées :
- de 10h à 10h : atelier grand public avec Cannes Cinéma (sur réservation, billeterieculture.dracenie.com)
- de 14 à 15h atelier grand public avec Cannes Cinéma (sur réservation, billeterieculture.dracenie.com)
- de 15h à 16h : conversation littéraire avec Florence Hinckel, autour de ses ouvrages
- 16h : goûter, temps de convivialité, restitution des travaux réalisés avec les enfants du Secours populaire de Draguignan et découverte du parcours musical réalisé par les adolescentes du collectif Fille de l'APS.
Toute la journée, présence sur un stand du club Soroptimist.
Plus de détails et inscription aux ateliers sur le site billeterieculture.dracenie.com
15h00 Rencontre avec Florence HINCKEL
Elle a écrit une soixantaine de livres, pour un public très large, allant des livres illustrés pour enfants aux romans pour adolescents, jeunes adultes et adultes. Ses ouvrages ont été récompensés par de nombreux prix littéraires. Ses récits aux thématiques fortes, traités avec sensibilité, touchent d’autant plus son lectorat qu’ils sont traversés par une actualité souvent brûlante : sexisme, réseaux sociaux, intelligence artificielle, tension entre progrès et écologie sont autant de sujets essentiels en toile de fond de ses romans.
Son dernier roman, La Forêt qui dévore, est un thriller fantastique construit autour d’une lutte entre humains et loups-garous, qui permet de réfléchir aux mécanismes de domination à l’œuvre dans notre société.
Dans un monde où les loups-garous cohabitent avec les humains, celles et ceux qui comme Charline osent pénétrer dans la forêt prennent le risque d’être dévorés par une force surnaturelle : l’Esprit de la forêt.
Contre toute attente, Charline a survécu mais elle est dans le coma. Qui l’a attaquée ? Ou Quoi ?… C’est ce que cherchent à savoir deux ados et une fille-louve, sans se douter que la forêt dissimule un secret qui changera leur vie à tout jamais.
Sélection du festival du livre jeunesse et BD de Cherbourg-Cotentin 2026 : « En forêt ! »
Sélection du prix Polar en Séries-Scelf 2026
Samedi 25 avril, LECTURES au théâtre de l'Esplanade
A 19 heures, lecture de morceaux choisis du roman de Lydie Salvayre Pas pleurer, par Lou Grezillier, comédienne
Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie.
Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force.
A 20 heures, Philippe Fusaro propose une lecture mise en musique de son dernier roman, Solo tu, accompagné du musicien Philippe Pigeard.
Né en 1971 à Forbach, Philippe Fusaro est d'origine italienne. Il crée sa librairie à Valence, L'oiseau siffleur. Il a publié plusieurs romans aux éditions La fosse aux ours, parmi lesquels Le colosse d'argile (2004), Palermo solo (2007) ou Nous étions beaux la nuit (2018).
Philippe Pigeard fut le leader et chanteur du groupe de rock TANGER.
Rome, début des années 1980. Le mythique Piper Club, haut lieu de la pop et de l’italo-disco, n’est plus ce qu’il était. Gianni, dandy fatigué devenu un élément du décor, aurait bien besoin de changer d’air. Mais il ne se doute pas à quel point sa rencontre improbable ce soir-là avec la compagne du bassiste punk va infléchir son existence : la flamboyante Carmela n’a pas hésité, le temps du concert, à lui confier son petit garçon. Et quand le lendemain, elle l’invite à passer quelques jours avec eux dans les Pouilles, il ne refuse pas.
Dimanche 26 avril, au cinéma CGR, soirée à thème "De l'écrit à l'écran"
A 17h30, projection de Dites-lui que je l'aime, film de Romane Bohringer, d'après le livre de Clémentine Autin
Le deuxième long métrage de Romane Bohringer, Dites-lui que je l'aime, est inspiré du roman autobiographique de Clémentine Autain. La cinéaste met en scène la nécessité pour elle d'adapter ce livre : comme elle, Clémentine Autain a perdu sa mère quand elle était enfant. La mère de Clémentine Autain s'appelait Dominique Laffin, elle était comédienne et est morte à l’âge de 32 ans. La mère de Romane Bohringer s’appelait Marguerite Bourry, elle est décédée à l’âge de 36 ans. Les deux femmes ont eu un parcours assez proche : elles ont eu 30 ans dans les années 1970, elles n’ont pas su ou pas pu être mères, l'alcool et la drogue les ont emportées. La comédienne Eva Yelmani incarne ces deux femmes à l’écran.
Romane Bohringer avait déjà épaté son monde avec sa première réalisation, L'amour flou, piquante comédie autobiographique sur une séparation amoureuse. Dites-lui que je l’aime emprunte un même chemin singulier, mais du côté du drame, entre tâtonnement — comment dire ? sous quelle forme ? — et élan romanesque non dénué d’instants cocasses. Cette manière de polar intime et ultrasensible se déploie ainsi, à quatre voix et quatre visages — deux filles, deux mères disparues mais inoubliables —, en osant mêler toutes les formes de cinéma, avec même un making of intégré. Images d’archives, tirages Polaroid puissamment évocateurs, scènes rejouées de l’enfance de Clémentine Autain aux côtés de sa mère trop spéciale (avec, en voix off, les extraits les plus marquants du livre lus par l’autrice elle-même), et bien sûr quête de Romane qui plonge crescendo dans la courte vie de Maguy, telle une détective passant de révélations en révélations sur une femme hors normes… Ce patchwork étonne, sans cesse, et bouleverse. Moment magique, presque surnaturel : le visage d’Éva Yelmani, fulgurante débutante qui incarne Dominique Laffin, fusionne avec celui de Maguy, comme si, avant que leurs filles se sentent sœurs, leurs mères, aussi, sans se connaître, avaient pu l’être dans leurs excès de liberté. En réussissant, à sa façon sincère et brute, à adapter un livre inadaptable, Romane Bohringer non seulement capte le mystère des rapports mères-filles, mais elle rend justice tout en déclarant son amour aux féminités « inadaptées ». Guillemette Odicino, Télérama, 2 décembre 2025
Le film sera précédé d'une intervention de Séverine Mathieu, professeure de cinéma, réalisatrice de documentaires, entre autres, sur les relations mère-fille
A 19h45, apéritif Entretoiles-EntreLivres
A 20h30, projection de L'étranger, film de François Ozon, d'après de roman d'Albert Camus

Dans une Alger de 1938 à l’atmosphère brûlante, Meursault, interprété par le comédien Benjamin Voisin, modeste employé sans émotion apparente, enterre sa mère, débute une liaison et, poussé par un voisin trouble, commet un acte irréparable sur une plage. Avec sa relecture cinématographique en noir et blanc du roman culte d'Albert Camus, François Ozon plonge au cœur de l’absurde, de l’indifférence et de la culpabilité, dans une mise en scène sensuelle et minimaliste qui interroge encore aujourd’hui notre rapport à la justice, à la liberté et à l’étranger qui est en nous.
Personnage mythique, Meursault appelle toutes sortes d’exégèses, de l’absurde à la métaphysique. Il parle peu, paraît insensible, absent au monde, et pourtant il est bien là. Ozon n’en fait pas un être abstrait. Il parvient, au contraire, à le rendre éminemment charnel, terrien, à travers la performance remarquable de Benjamin Voisin, à la fois indolent et ferme, animal et sensuel dans sa manière de sommeiller au soleil, de fumer clope sur clope, de boire du café. Ni désespéré ni heureux, observateur et attentiste, Meursault n’espère rien de la vie, qu’il est le premier à trouver vide de sens. Il la dévore malgré tout — il ne mange pas, il bâfre. Il n’est souvent qu’un corps, suant, fort ou malléable dans l’amitié virile (teintée d’homosexualité latente) avec son voisin, Raymond (Pierre Lottin), un souteneur brutal. François Ozon parvient à rendre fascinant cet étranger à tout, « suicidé » de la société, criminel de l’ordre établi. Son indifférence semble en effet se charger peu à peu d’un mélange d’orgueil et de révolte sans cause, ou alors d’une cause déjà perdue. On peut y voir l’annonce de la guerre d’Algérie, mais aussi le miroir d’un nihilisme intemporel. Au-delà du bien et du mal, Meursault refuse l’hypocrisie, le théâtre social, la comédie humaine, les sentiments. « L’amour ne signifie rien », lâche-t-il, sans honte, avec un aplomb déroutant, à sa maîtresse, et cela en acceptant, dans la foulée, sa demande en mariage. Cette maîtresse, à laquelle Rebecca Marder prête exaltation, droiture et courage, est le supplément d’âme du film. Lequel fait exister davantage ce personnage féminin que dans le livre. Du temps a passé depuis la publication du roman, en 1942. Il était donc nécessaire de repenser le contexte historique, avec un regard d’aujourd’hui. Mais sans perdre le caractère à la fois trivial et transcendant de ce drame, pas si loin d’une tragédie grecque. La lumière étincelante et le feu de l’été, renforcés par un noir et blanc implacable, y jouent un rôle déterminant. Le soleil attaque et aveugle comme un ennemi. Jacques Morice, Télérama, 25 octobre 2025
Le film sera précédé de la lecture de l'entretien entre François Ozon et Kamel Daoud, paru dans Le nouvel Obs du 20 octobre 2025



